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Brenda Ann Kenneally

Upstate Girls, What became of Collar city - Produced in 2004-2009

Upstate Girls, Ce qu’il advint de Collar City - Réalisé en 2004/2009

J’ai rencontré les « Upstate Girls » en 2003, au cours d’un reportage pour le New York Times Magazine. Il s’est avéré que j’avais moi-même grandi à proximité du quartier. À la fin de ma mission, j’ai décidé de prolonger mon séjour pour mieux connaître ces jeunes femmes de Troy, qui menaient la vie que j’aurais pu avoir si je ne m’étais pas décidée à partir pour la Floride en stop, l’année de mes seize ans. J’y suis restée cinq ans à suivre le quotidien de ces familles, de ces enfants qui passent chaque après-midi à tuer le temps en attendant le retour de leur mère, éreintée par une journée de travail. Des dizaines d’années séparent ma vie de jeune fille à Troy de ma nouvelle vie plus raffinée de femme active, mais cette distance s’est évanouie au fil des jours passés à photographier les filles sur la Sixième Avenue. J’ai cherché à fuir, à prendre du recul, mais je reste au fond cette petite fille attendant après l’école, les yeux rivés sur le téléviseur, lisant les textes sur les boîtes de céréales et aspirant à connaître l’amour.

Le projet « Upstate girls » tente de démêler les causes et conséquences complexes du rêve américain. Troy était « la ville la plus importante de la révolution industrielle ». Elle incarnait les promesses d’avenir de notre nation. Mais la démesure de notre ambition a fait de ce qui fut notre plus grand atout une chaîne à nos pieds. Aujourd’hui, les femmes actives font partie de la classe défavorisée de l’économie tertiaire des États-Unis.

Les tentatives de transformer la région en technopôle n’ont fait qu’élargir le fossé entre les différentes classes sociales. Il paraît dérisoire de se fixer des projets à long terme. Avec mari et fils en prison, les femmes se retrouvent seules. Elles aimeraient se croire libres, mais ne le sont pas. Au fil des ans, cette méprise finit par leur donner l’impression d’être ensevelies sous le poids de leur propre vie et les prive de l’autonomie dont elles auraient besoin pour aller vers un vrai changement.

Lien : Intreview Brenda Ann Kenneally sur photographie.com

 
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